Billet aux Ateliers Jérôme

Par Robenson D’Haïti
Pasko au travail
Pasko au travail

Voila déjà deux jours, Mireille (1), que je reviens de l’exposition que vous tenez à votre galerie. Tout autant, ou peut-être encore plus, que les autres expositions tenues aux Ateliers Jérôme en prélude au 25ème anniversaire, celle-ci m’a marqué, surtout par la force mobilisatrice de son titre double : Pasko, l’infini du même, le même à l’infini. L’artiste serait-il cet espace, le même, à la fois délimité et sans bornes ? Ou serait-il cet espace, encore le même, explorant sans cesse ses propres frontières pour les balayer ? S’agirait-il de ce Pierre-Pascal Mérisier, Pasko(2), le même, mais toujours tendu vers de nouveaux espaces du Verbe ? Les questions se multiplient à l’infini.Pasko, l’infini ? L’indéfini aussi, car l’infini est insaisissable. Et c’est par le biais d’une sélection de seize peintures, deux lavis et treize pastels que vous nous avez été intelligemment convié ce 15 octobre à appréhender la créativité de l’artiste Pasko, le même à l’infini.

À tous ceux qui voudront bien voir les œuvres exposées, je confierai que j’ai rencontré Le marcheur. Et, je leur parlerai de cette toile. Non parce qu’elle me rappelle Le Bain turc de Ingres ou Sacra Famiglia (Sainte Famille) de Michel-Ange par son support en forme de tondo. Mais parce qu’il y a au centre un personnage qui m’attendrit et dont la multiplicité du regard me renseigne avec précision sur les nombreux chemins disparus sous ses pas. Je ne saurais vous cacher, Mireille, combien je suis touché par cet homme amputé de ses deux bras. Avec une sorte de volupté, je me livre à l’ambiguïté de ses petits bouts de bras restants, soigneusement arc-boutés sur sa poitrine comme deux jolis seins. Le vieux marcheur manchot marche gracieusement vers moi, les ailes déployées, prêt à s’envoyer en l’air. Sans s’envoler.

On observe Oxyaden I, Oxyaden II, Le Palmier aussi et d’autres tableaux où le peintre explore cette même ligne d’écriture plastique. Mais comment expliquer que les personnages de Pasko sont presque tous des manchots ? L’artiste pourrait être anatomiquement modéré sans les amputer de leurs membres supérieurs. On admettra toutefois qu’il leur donne toujours des ailes. Mais, attendez! Amputation, manchot, ailes…Les mots ne peuvent rien franchement. Et s’il s’agissait de bras en éventail ? Toute notre lecture serait remise en question. Les images sont parfois insaisissables. Je ne me rappelle plus quel peuple a failli dire, avec l’autorité d’un dicton, qu’une image vaut mille maux. Ceci est d’autant plus vrai lorsque l’image est poursuivie par nos mots.

A tous ceux qui voudront bien voir les œuvres exposées aux Ateliers Jérôme puisque l’expo se poursuivra jusqu’au 29 octobre, je parlerai du traitement de la chair chez Pasko. Vous n’avez pas idée à quel point il peut être utile et préventif de signaler la forte dose de mélanine dans la peau du marcheur et dans celle d’un personnage d’un autre tableau plus petit dont le fond est tapissé des vieilles pages d’un livre. À lire. C’est un collage.

A tous ceux qui ont déjà vu, mais surtout à tous ceux qui voudront bien voir, je parlerai aussi de la (dé)construction du corps dans les œuvres de Pasko, puis je tâcherai d’insister sur la valeur expressive des gestes et mouvements qui le reconstruisent à leur manière et à l’infini.

(…)

Pasko, chapeau!

Robenson D’Haïti

  1. Mireille Pérodin Jérôme: enseignante, critique d’art et directrice des Ateliers Jérôme
  2. Pierre-Pascal Mérisier: Né en 1974 à Pétion-Ville (Haïti).
  3. De 1994 à 1996, il étudie le dessin et la peinture aux ateliers d’art de l’école Sainte Trinité avec l’artiste Margareth Squire. Par la suite, il fréquente les ateliers de Tiga où il suit des cours de rotation artistique. En 1997, il participe à un atelier de linogravure et de monotype au Centre d’Art de Port-au-Prince, il étudie le nu d’après modèle avec Pascale Monnin de 1998 à 1999.
  4. En 2000, il prend part à l’atelier de linogravure de l’artiste américaine Mary Jo Mc O’Neill à l’occasion du 1er Forum Multiculturel d’Art Contemporain, organisé par la Fondation AfricAmerica. En 2002, il travaille la céramique dans l’atelier de Lissa Jeannot. Il suit une formation en gravu+re à Montpellier (France) en 2006 en tant que boursier du Gouvernement Français. Il vit avec sa famille à Carcassonne, France, depuis juillet 2004 où il poursuit ses expériences plastiques.
  5. Il expose pour la première fois, comme artiste invité, au Festival Saint-Soleil à Soissons-La-Montagne en septembre 1996. Depuis, ses œuvres ont été exposées en Haïti, à Cuba, en République Dominicaine, en France, au Canada, en Norvège et aux Etats-Unis…
  1. 2009 : « Pasko », Jean Marc Tilcké, Notebook, Livret catalogue de l’exposition, Maison du Chevalier, Carcassonne, Juillet.
  2. 2009 : « La danse de Pasko, une ode à la vie pleine d’esprit » C.S.B., La Dépêche du midi, Carcassonne, Juillet.
  3. 2009 : « Le peintre haïtien Pasko expose jusqu’au 5 juillet », Alida Ginet, L’Indépendant, Carcassonne, Juillet.
  4. 2006 : « De Haïti au Viguier, Pasko rêve ses légendes », Jacques Cazaban, Midi Libre.
  5. 2004 : « Une esthétique de la transcendance », Jobnel Pierre, Le Nouvelliste, 11 nov.
  6. 2004 : « Kafou » peintures et sculptures pour un voyage au cœur de l’insolite, Martial Seïde, Le Matin, No 32285, 15 nov.
  7. 2003 : Catalogue « Etten Colombus.Com », Oslo, Norvège, p. 48, 28 mars-11 mai.
  8. 2002 : Signes/écritures, Dominique Batraville, Le Nouvelliste, Rubrique Culture, 28 février .
  9. 2001 : Catalogue « Aportaciones Culturales Africanas », Marianne de Tolentino, Centre Culturel Espagnol, Saint-Domingue, Rép. Dominicaine.
  10. 2000 : « Paskó, poète de la main », Gary Augustin, Rubrique Portes ouvertes, Le Nouvelliste, 27 juillet.
  11. 2000 : « Boutures, le dur défi de durer », Michaël Mondésir, Le Nouvelliste, septembre.
  12. 2000 : Echanges entre peintres d’horizons divers à Santiago de Cuba, Le Nouvelliste, Rubrique Culture, 13 juillet.
  13. 1998 : Catalogue « Lobby Art », Banque Mondiale, Galerie Marassa, Pétion-Ville, Haïti.