Nouvelle année scolaire 2026-2027: Message de la Conférence Haïtienne des Religieux (CHR)
📅 Texte publié le Samedi 3 octobre 2026
Introduction de Haiti-Référence:
La note rappelle avec insistance que la protection des plus jeunes et l’accès à une éducation sûre et digne constituent un devoir national incontournable. Elle exprime également sa solidarité envers les familles, les enseignants et les élèves directement affectés par l’insécurité, tout en exhortant les autorités à assumer pleinement leurs responsabilités.
Enfin, la CHR encourage la jeunesse à préserver l’espérance et affirme que chaque école qui parvient à ouvrir ses portes représente un acte de résistance et un signe d’espérance pour Haïti.
Ci-après, la note dans son intégralité…
Texte reçu le vendredi 2 octobre 2026
« Laissez venir à moi les enfants; ne les empêchez pas »
(Mc 10, 14)
Aux Religieux et Religieuses,
Aux personnes de bonne volonté,
Frères et sœurs,
La rentrée scolaire du 7 septembre 2026 aurait dû être un moment d’espérance et de retrouvailles pour nos écolières et nos écoliers. Elle devait permettre aux filles et aux garçons de renouer avec leurs cahiers, leurs apprentissages et leurs ambitions pour l’avenir. Mais ce retour en classe s’est heurté à une tout autre réalité.
Pour d’innombrables familles haïtiennes, cette rentrée se déroule dans un quotidien marqué par la peur et la violence. Des vies sont brisées par les enlèvements; et des enfants sont arrachés à leur avenir jusque sur le chemin de l’école. L’angoisse de ne pas voir revenir un fils ou une fille est devenue une réalité pour trop de familles. C’est dans ce contexte d’insécurité persistante, de précarité extrême, de déplacements forcés et de traumatismes liés aux violences que nos enseignantes et nos enseignants, nos éducatrices et nos éducateurs, ainsi que nos établissements scolaires, doivent courageusement poursuivre leur mission.
Nous ne pouvons pas nous habituer à cette situation. Nous ne pouvons accepter que la peur devienne une réalité ordinaire de l’enfance et de la jeunesse haïtiennes. Nous ne pouvons considérer comme normal qu’une mère ou un Père accompagne son enfant à l’école avec la crainte de ne pas le revoir. Nous ne pouvons nous résigner à ce que l’enlèvement, la violence et la fermeture des écoles deviennent des faits auxquels notre société finirait par s’accoutumer.
Protéger nos enfants, c’est protéger l’avenir
L’enfant est une personne, une dignité, un avenir. Il n’est pas seulement un élève à instruire : il est une fille ou un garçon appelé à grandir, à développer ses talents, à participer à la vie de la société et à contribuer à son renouvellement.
La parole de Jésus, « Laissez venir à moi les enfants » (Mc 10, 14), prend aujourd’hui une résonance particulière. Elle nous rappelle que toute société a le devoir de créer pour ses enfants des chemins de vie, d’apprentissage et d’espérance.
Protéger les filles et les garçons, leur garantir l’accès à une éducation de qualité et leur permettre d’apprendre dans un environnement sûr ne sont pas des privilèges. Ce sont des exigences liées à leur dignité et à l’avenir du pays.
Nous pensons particulièrement aux enfants et aux jeunes qui vivent les conséquences de la violence, aux filles et aux garçons déplacés, à celles et ceux qui ne peuvent fréquenter leur école et à toutes les familles dont le quotidien est bouleversé par l’insécurité.
Nous n’oublions pas les personnes enlevées:
La Conférence Haïtienne des Religieux et Religieuses exprime sa proximité aux personnes victimes d’enlèvement ainsi qu’à leurs familles.
Derrière chaque personne enlevée, il y a un visage, une histoire, des proches qui attendent et souffrent. Aucune personne ne peut être réduite à une rançon, à un moyen de pression ou à un instrument de domination. Chaque vie humaine est sacrée.
Nous appelons à la libération des personnes retenues en captivité et au respect de leur dignité. Nous prions pour elles et pour leurs familles, particulièrement pour celles et ceux qui traversent cette épreuve dans le silence et l’angoisse.
A nos enfants et nos jeunes: ne renoncez pas à l’espérance:
A vous, filles et garçons, jeunes femmes et jeunes hommes d’Haiti, nous voulons dire: ne laissez pas la violence vous voler votre avenir.
Continuez à apprendre, à lire, à écrire, à compter, à réfléchir par vous-mêmes, à développer vos talents et à croire en votre capacité de contribuer à la transformation de notre pays.
L’avenir d’Haiti ne peut être abandonné à la violence. Il appartient aussi à une jeunesse capable de connaissance, de créativité, de solidarité et de responsabilité.
Aux familles et au personnel éducatif : vous n’êtes pas seuls:
Nous comprenons l’inquiétude des parents et des familles. Envoyer un enfant à l’école dans le contexte actuel exige parfois un courage considérable. Nous saluons également les enseignantes et enseignants qui poursuivent leur mission malgré des conditions difficiles. Dans une société marquée par la violence, l’école demeure un espace où l’on peut apprendre le dialogue, le respect de l’autre, la recherche de la vérité et le règlement pacifique des conflits.
Enseigner aujourd’hui en Haiti, c’est contribuer à maintenir ouverte une possibilité d’avenir. Mais cette mission ne peut reposer uniquement sur le courage du personnel éducatif. Les enseignantes et enseignants ont besoin de sécurité, de reconnaissance, de conditions de travail dignes et d’un accompagnement à la hauteur de leurs responsabilités.
Aux autorités et toute la société; la protection de la vie est une responsabilité collective:
Nous appelons les autorités publiques à assumer pleinement leur responsabilité de protéger la population, de lutter contre les enlèvements et les violences, et de créer les conditions permettant aux écoles de fonctionner dans la sécurité et la dignité.
La sécurité ne peut cependant être réduite à une réponse sécuritaire. Elle exige également la justice, des institutions fonctionnelles, des perspectives pour la jeunesse, l’accès à l’éducation, des possibilités de travail et une action déterminée sur les causes sociales et institutionnelles de la violence. Nous appelons également chaque citoyenne et chaque citoyen à refuser la banalisation de la violence.
Ne nous habituons pas à l’inacceptable. Ne considérons pas comme normal qu’un enfant soit privé d’école, qu’une famille soit déplacée, qu’une personne soit enlevée ou que des jeunes grandissent dans la conviction que la violence constitue leur seul horizon.
Notre espérance nous engage:
En tant que femmes et hommes consacrés, nous ne voulons pas proposer une espérance naïve. L’espérance chrétienne ne consiste pas à fermer les yeux sur la souffrance. Elle nous invite à croire que la souffrance et la violence n’auront pas le dernier mot.
Prier pour Haiti, c’est aussi travailler pour Haiti. Notre prière doit devenir engagement. Notre foi doit devenir solidarité. Notre espérance doit devenir responsabilité.
Chaque école qui ouvre ses portes est « un signe ». Chaque enseignante, chaque enseignant qui entre en classe est « un signe ». Chaque famille qui accompagne ses enfants est « un signe ». Chaque fille et chaque garçon qui reprennent le chemin de l’apprentissage est « un signe ».
Ces signes sont fragiles, mais ils nous rappellent qu’Haiti n’est pas seulement le pays de ses crises. Haiti est aussi le pays de ses enfants, de sa jeunesse, de ses familles, de ses éducatrices et éducateurs, de ses communautés et de toutes celles et ceux qui continuent à croire qu’une autre société est possible.
Une certitude et une conviction partagées:
En ce début d’année scolaire 2026, nous confions Dieu notre pays, nos enfants et nos jeunes, les familles éprouvées, les personnes enlevées, les personnes déplacées, ainsi que toutes celles et tous ceux qui œuvrent dans le domaine de l’éducation.
Que Dieu nous donne le courage de protéger la vie, la sagesse de rechercher la justice, la force de refuser la violence et la persévérance nécessaire pour reconstruire notre pays!
Que cette nouvelle année scolaire soit un signe d’espérance, un appel à la responsabilité et un engagement renouvelé en faveur de la vie:
- Pour nos filles et nos garçons,
- Pour nos familles,
- Pour notre école,
- Pour notre société,
- Pour Hait !
Donné au siège de la CHR, le 1er octobre 2026, en la fête de Sainte de l’Enfant-Jésus.
Pour la Conférence Haïtienne des Religieux (CHR),
P. Morachel BONHOMME, sdb
Président de la CHR
