Ces « amis d’Haïti » !

Nous nous souvenons de l’époque où certains États se présentaient comme des « amis d’Haïti ». Par cette appellation, ils entendaient convaincre une large partie de la population haïtienne — souvent dépourvue de culture politique ou accablée par des besoins urgents — ainsi que certains observateurs étrangers peu familiers de l’histoire de notre pays, qu’ils entretenaient une proximité authentique avec le peuple haïtien et se montraient attentifs à ses aspirations.

Mais peut-on réellement parler d’amitié dans ce cas-ci? Cette prétendue relation amicale était-elle sincère, ou constituait-elle plutôt un artifice destiné à faciliter l’acceptation de décisions élaborées dans les coulisses diplomatiques ou dans les salons feutrés des ambassades?

L’amitié présuppose l’existence d’un lien solide, fondé sur la fidélité, la disponibilité, le soutien et, surtout, le respect mutuel. Lorsque tout va bien, ces piliers semblent aller de soi et peuvent passer inaperçus. Leur fragilité — voire leur absence — se révèle lorsque « l’ami » se montre réticent à porter assistance, affiche son indifférence ou s’éloigne en invoquant divers prétextes. Plus grave encore, certains affirment aider précisément en s’abstenant d’intervenir, avant de prodiguer ce conseil empreint de condescendance : « Mettez de l’ordre dans vos affaires. Soyez responsable! »

Le peuple haïtien s’est laissé prendre à ce piège de la pseudo-amitié, faute d’avoir perçu le comportement néocolonial de ces prétendus partenaires. Les États — en particulier les grandes puissances — n’ont pas d’amis ; ils n’ont que des intérêts, pour reprendre la célèbre formule d’Henry John Temple, Secrétaire aux Affaires étrangères puis Premier ministre britannique, plus connu sous le nom de Lord Palmerston (1784-1865). L’ami véritable s’investit dans la relation. Les États, eux, ne s’investissent pas dans l’autre : ils exploitent ses faiblesses.

Dans le cas d’Haïti, ces « amis » ont rapidement identifié nos vulnérabilités. Peuple naïf, prompt à se laisser abuser, nous les avons laissés agir. Lorsqu’ils ont détruit nos productions agricoles en nous rendant dépendants des importations, nous ne les avons pas dénoncés à temps. Lorsqu’ils ont essayé de mettre en doute le choix électoral du peuple et, plus tard, poussé un président dûment élu à l’exil, certains de nous ont applaudi et se sont même enhardis pour semer la pagaille. Lorsqu’ils nous ont imposé un président incompétent et vulgaire, nous avons accepté leur choix. Lorsqu’ils ont ignoré nos appels à l’aide face à la montée des gangs, nous n’avons pas protesté avec la vigueur nécessaire.

Nous avons fini par comprendre que, dans les relations diplomatiques, le mot « amitié » est souvent vidé de sa substance, réduit à une formule creuse. Mais avons-nous réellement tiré les leçons de ces expériences ?