📂 Seigneur, Protège-les!
📅 Publié le Mercredi 1er juin 2011 à 20h23

AP Photo/Dieu Nalio Chery
Prise le 27 mai 2011
Il n’est pas normal que des enfants soient obligés de traverser un champ ou s’amalgament immondices, eaux stagnantes et puantes et germes de toutes sortes pour se rendre d’un point à un autre. L’idée même de ce champ devrait révolter ceux et celles qui, dans le confort de leurs domiciles dans les hauteurs de Pétion-Ville ou dans la plaine du Cul-de-Sac, veulent s’ériger en porte-parole et émissaires du peuple haïtien dans les forums internationaux où l’on discute Haïti ou planifie la reconstruction de la ville de Port-au-Prince. Que dire alors du spectacle?
Que peut représenter aujourd’hui pour un pays qui ne l’est plus, l’emblème d’étoffe qui flotte tous les jours au mât des édifices publics ? Quel sens donner encore au drapeau haïtien dont le 18 Mai rappelle la création dans cette enceinte féconde de l’Arcahaie giboyeuse à souhaits ? Quel symbolisme dégager de cette charge d’émotion ressentie par tous ceux qui, au hasard de leurs quotidiennetés, se retrouvent immobilisés en pleine rue, contemplant le frisselis du vent dans le tissu léger, témoin muet de tant d’horreurs liées à la fièvre des combats d’indépendance ? Ceux qui n’ont pas vécu, même en souvenirs ou en rêves, l’intensité des luttes de l’Aïeul désarmé face aux troupes aguerries du Conquérant Napoléon, ceux qui n’ont pas connu ou ne connaissent pas la violence des vibrations intérieures induites par la magie des hymnes nationaux dans l’espace ouvert des arènes simplement sportives, ceux qui ont pris depuis quelque temps, l’habitude sordide de la génuflexion ou de l’aplaventrisme devant les dieux de chair appelés à s’abimer dans des destins de poussière, ceux qui ne peuvent plus regarder le Soleil en face pour avoir trop traîné dans les grottes sombres des chiroptères et des coléoptères, ceux-là ne pourront jamais comprendre la profondeur de ces mots qui nous renvoient malgré nous à trois siècles d’histoire. 
