{"id":1608,"date":"2015-06-01T17:13:44","date_gmt":"2015-06-01T21:13:44","guid":{"rendered":"http:\/\/haiti-reference.com\/pages\/?p=1608"},"modified":"2019-02-16T11:00:18","modified_gmt":"2019-02-16T16:00:18","slug":"dany-laferriere-discours-academie-francaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.haiti-reference.info\/pages\/2015\/06\/01\/dany-laferriere-discours-academie-francaise\/","title":{"rendered":"Discours de r\u00e9ception de Dany Laferri\u00e8re \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise le 28 mai 2015"},"content":{"rendered":"<p>Mesdames et Messieurs de l\u2019Acad\u00e9mie,<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a href=\"\/pages\/notables\/getperson.php?personID=I113&amp;tree=ecrivains\"><img decoding=\"async\" class=\"alignleft img_border\" src=\"\/.\/images\/blog\/2015\/dany-laferriere-academie.png\" alt=\"dany-laferriere-academie\" width=\"250\" \/><\/a>Permettez que je vous relate mon unique rencontre avec Hector Bianciotti, celui auquel je succ\u00e8de au fauteuil num\u00e9ro 2 de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise. D\u2019abord une longue digression \u2013 il y en aura d\u2019autres durant ce discours en forme de r\u00e9cit, mais ne vous inqui\u00e9tez pas trop de cette vieille ruse de conteur, on se retrouvera \u00e0 chaque clairi\u00e8re. C\u2019est Legba qui m\u2019a permis de retracer Hector Bianciotti disparu sous nos yeux ahuris durant l\u2019\u00e9t\u00e9 2012. Legba, ce dieu du panth\u00e9on vaudou dont on voit la silhouette dans la plupart de mes romans. Sur l\u2019\u00e9p\u00e9e que je porte aujourd\u2019hui il est pr\u00e9sent par son V\u00e8v\u00e8, un dessin qui lui est associ\u00e9. Ce Legba permet \u00e0 un mortel de passer du monde visible au monde invisible, puis de revenir au monde visible. C\u2019est donc le dieu des \u00e9crivains.<\/p>\n<p>Ce 12 d\u00e9cembre 2013 j\u2019ai voulu \u00eatre en Ha\u00efti, sur cette terre bless\u00e9e, pour apprendre la nouvelle de mon \u00e9lection \u00e0 la plus prestigieuse institution litt\u00e9raire du monde. J\u2019ai voulu \u00eatre dans ce pays o\u00f9 apr\u00e8s une effroyable guerre coloniale on a mis la France esclavagiste d\u2019alors \u00e0 la porte tout en gardant sa langue. Ces guerriers n\u2019avaient rien contre une langue qui parlait parfois de r\u00e9volution, souvent de libert\u00e9. Ce jour-l\u00e0 un homme crois\u00e9 \u00e0 Port-au-Prince, peut-\u00eatre Legba, m\u2019a questionn\u00e9 au sujet de l\u2019immortalit\u00e9 des acad\u00e9miciens.<!--more--> Il semblait d\u00e9\u00e7u de m\u2019entendre dire que c\u2019est la langue qui traverse le temps et non l\u2019individu qui la parle, mais que cette langue ne perdurera que si elle est parl\u00e9e par un assez grand nombre de gens. Il est parti en murmurant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ah, toujours des mots\u2026&nbsp;\u00bb C\u2019est qu\u2019en Ha\u00efti on croit savoir des choses \u00e0 propos de la mort que d\u2019autres peuples ignorent. La mort est l\u00e0-bas plus mystique que myst\u00e9rieuse.<\/p>\n<p>Ici, on se souvient d\u2019Hector Bianciotti comme d\u2019un homme g\u00e9n\u00e9reux, \u00e9l\u00e9gant et cultiv\u00e9. Trois qualificatifs qui reviennent d\u00e8s qu\u2019on apprend quelque part que j\u2019entre \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise. \u00ab&nbsp;Au fauteuil de qui&nbsp;?&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Hector Bianciotti.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Ah, me r\u00e9pond-on, vous \u00eates chanceux&nbsp;! \u00c7a va \u00eatre facile d\u2019en dire du bien. C\u2019est un bon \u00e9crivain et un homme courtois.&nbsp;\u00bb J\u2019entends ces commentaires louangeurs \u00e0 Port-au-Prince, \u00e0 Bruxelles, \u00e0 Montr\u00e9al et surtout \u00e0 Paris. On vient g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 une pareille c\u00e9r\u00e9monie pour f\u00eater le nouvel \u00e9lu, mais beaucoup de gens sont ici ce soir pour entendre ce que j\u2019ai \u00e0 dire \u00e0 propos d\u2019Hector Bianciotti. Passerai-je l\u2019examen&nbsp;? Au lieu de compara\u00eetre devant vous, je vais plut\u00f4t voir l\u2019\u00e9crivain fran\u00e7ais venu d\u2019Argentine afin de comprendre cet \u00e9trange hasard qui nous a r\u00e9unis sur ce fauteuil.<\/p>\n<p>Comme dans un roman de Proust qu\u2019il ne nomme pas souvent, lui pr\u00e9f\u00e9rant Alberto Savinio, mais dont la grande ombre s\u2019\u00e9tend sur son \u0153uvre, on remarque chez Bianciotti l\u2019incessant exercice de m\u00e9moire o\u00f9 les d\u00e9tails s\u2019accumulent et les analyses se bousculent jusqu\u2019\u00e0 couvrir parfois la musique intime qui relie les visages aux paysages. Une demi-douzaine de th\u00e8mes reviennent presque \u00e0 chaque livre&nbsp;: la ferme du p\u00e8re, la monotone pampa dont il a tir\u00e9 des sons plus proches de la musique classique que de la <em>milonga<\/em> locale, une famille fellinienne, en fait plus proche de Kusturica que de Fellini, avec de gros plans comme ceux sur la grand-m\u00e8re qui montrent un go\u00fbt certain pour le cin\u00e9ma, les d\u00e9parts toujours pr\u00e9cipit\u00e9s, l\u2019errance dans les grandes villes, le retour avec son cort\u00e8ge d\u2019\u00e9motions confuses, le temps circulaire qui appelle ces \u00e9tourdissantes r\u00e9p\u00e9titions, tout cela fait penser \u00e0 un enfant qui refuse de descendre du man\u00e8ge malgr\u00e9 une peur croissante. Sa curiosit\u00e9 insatiable et son sens aigu des d\u00e9tails signalent une nature inqui\u00e8te et fi\u00e9vreuse. L\u2019emploi impr\u00e9visible qu\u2019il fait de l\u2019adjectif dans une phrase par ailleurs classique rappelle Borges.<\/p>\n<p>C\u2019est cet homme \u00e9l\u00e9gant jusqu\u2019au bout des ongles qui m\u2019a donn\u00e9 rendez-vous au Grand Splendide, un h\u00f4tel que je croyais luxueux mais qui se r\u00e9v\u00e8le \u00ab&nbsp;de troisi\u00e8me cat\u00e9gorie, selon une appellation bienveillante, mais en r\u00e9alit\u00e9 sinon du dernier tout au plus d\u2019avant-dernier ordre&nbsp;\u00bb. On peut lire cette note dans <em>Le Trait\u00e9 des saisons<\/em> qui fait penser, par le titre au moins, \u00e0 un de ces magazines sur papier glac\u00e9 et parfum\u00e9 qui accorde des \u00e9toiles aux h\u00f4tels, aux villes, aux souvenirs, aux nappes, aux paravents, aux mouches, aux roses et m\u00eame aux oublis. On imagine qu\u2019Hector Bianciotti y publie des chroniques et que la propri\u00e9taire du Grand Splendide ne lui fait pas payer le loyer et les repas en esp\u00e9rant qu\u2019il \u00e9crira un article qui saura redonner du lustre \u00e0 cet h\u00f4tel d\u00e9class\u00e9. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il se terre depuis sa disparition du paysage parisien.<\/p>\n<p>Je le trouve dans la petite biblioth\u00e8que, confortablement install\u00e9 dans un fauteuil recouvert de plastique \u00ab&nbsp;d\u2019un rouge chimique&nbsp;\u00bb. Il interrompt sa lecture pour m\u2019accueillir avec un sourire r\u00e9sign\u00e9. Si je rencontre Hector Bianciotti aujourd\u2019hui c\u2019est pour lui faire voir qu\u2019\u00e0 d\u00e9faut d\u2019un successeur plus \u00e9clatant il y a entre nous des liens si solides qu\u2019ils pourraient justifier un tel choix. Si l\u2019\u00e9quipe fran\u00e7aise a gagn\u00e9 la Coupe du monde en 1998 c\u2019est parce que son entra\u00eeneur clairvoyant avait privil\u00e9gi\u00e9 une certaine coh\u00e9sion parmi les joueurs \u00e0 cette collection de stars dont il pouvait disposer. Bianciotti qui vient d\u2019Argentine, un des grands pays du football, ne saurait \u00eatre scandalis\u00e9 par cette comparaison. J\u2019ai un doute car je viens de m\u2019apercevoir qu\u2019il n\u2019y a pas un seul ballon rond dans toute son \u0153uvre.&nbsp;L\u2019\u00e9crivain qui peut lire aujourd\u2019hui les pens\u00e9es des autres se fend d\u2019un sourire l\u00e9g\u00e8rement plus d\u00e9tendu que celui avec lequel il m\u2019avait accueilli. Puis il d\u00e9pose lentement sur la petite table le livre de Borges sur le bouddhisme qu\u2019il lisait \u00e0 mon arriv\u00e9e.<\/p>\n<p>J\u2019allais entrer de plain-pied dans ma plaidoirie quand j\u2019ai vu passer cette silhouette reconnaissable par ses joues gonfl\u00e9es et ce regard las d\u2019un homme qui a travers\u00e9 bien des temp\u00eates. C\u2019est Oscar Wilde. La propri\u00e9taire de l\u2019h\u00f4tel le suit dans l\u2019escalier avec un service \u00e0 th\u00e9 sur un grand cabaret rose. Je jette un regard \u00e0 cet homme pr\u00e9matur\u00e9ment vieilli par un injuste proc\u00e8s de m\u0153urs pour revenir \u00e0 Bianciotti qui m\u2019offre des yeux doux et purs d\u00e9licatement pos\u00e9s sur un visage nu. Ainsi commence la soir\u00e9e avec monsieur Bianciotti. Si j\u2019ai pris du retard dans les pr\u00e9sentations c\u2019est que je suis en compagnie d\u2019un homme qui dispose d\u2019un temps infini, ce qui n\u2019est pas votre cas, j\u2019en tiendrai compte.<\/p>\n<p>Il est ind\u00e9niable que ce fauteuil num\u00e9ro&nbsp;2 que nous partageons a un destin am\u00e9ricain. Borges, votre \u00e9crivain pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, et cela pour de diverses raisons, d\u00e9crit sans ambages les diff\u00e9rences entre l\u2019Am\u00e9rique et l\u2019Europe. Dans <em>Enqu\u00eates<\/em> il nous pr\u00e9sente deux \u00e9crivains aux antipodes. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 Val\u00e9ry, votre Val\u00e9ry tant aim\u00e9, disons plut\u00f4t tant admir\u00e9 car je ne sais pas si on peut aimer Val\u00e9ry, et de l\u2019autre, Walt Whitman. Pour Borges&nbsp;: \u00ab&nbsp;Val\u00e9ry symbolise d\u2019infinies adresses, mais aussi des scrupules infinis&nbsp;; Whitman, une vocation de f\u00e9licit\u00e9 presque incoh\u00e9rente mais titanique&nbsp;; Val\u00e9ry personnifie glorieusement les labyrinthes de l\u2019esprit&nbsp;; Whitman, les interjections du corps. Val\u00e9ry est le symbole de l\u2019Europe et de son d\u00e9licat cr\u00e9puscule&nbsp;; Whitman, celui du matin am\u00e9ricain.&nbsp;\u00bb Si certains points dans ce duel de personnalit\u00e9s vous semblent excessifs, je sais que vous partagez avec moi cette id\u00e9e extravagante qu\u2019un texte bien \u00e9crit contient sa propre v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<figure style=\"width: 640px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"\/pages\/notables\/getperson.php?personID=I113&amp;tree=ecrivains\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/.\/images\/blog\/2015\/laferriere-ecrivain-en-pyjama-comme-en-habit-vert.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"360\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-caption-text\">Dany Laferri\u00e8re le jour de son entr\u00e9e officielle \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<br \/> V\u00eatu de son habit vert traditionnel des acad\u00e9miciens,<br \/>il occupe d\u00e9sormais le fauteuil num\u00e9ro deux qu&rsquo;occupait Hector Bianciotti mort en 2012.<\/figcaption><\/figure>\n<p>J\u2019ai remont\u00e9 le fauteuil num\u00e9ro 2 pour trouver \u00e0 cot\u00e9 de grands esprits comme Montesquieu un certain Fran\u00e7ois-Jean de Beauvoir, marquis de Chastellux. Cet intellectuel, ami de Voltaire, \u00e9tait aussi un homme d\u2019une certaine bravoure qui participa \u00e0 la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine sous le commandement du comte de Rochambeau. Permettez que je m\u2019arr\u00eate un moment sur le nom de Rochambeau. Si le p\u00e8re a fait la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine au c\u00f4t\u00e9 de Washington et qu\u2019il est connu comme \u00e9tant le vainqueur de Yorktown, si le p\u00e8re \u00e9tait donc du bon c\u00f4t\u00e9, le fils fut le pire bourreau envoy\u00e9 \u00e0 Saint-Domingue qui deviendra Ha\u00efti apr\u00e8s la d\u00e9faite de l\u2019arm\u00e9e napol\u00e9onienne \u00e0 Verti\u00e8res. C\u2019est lui, Fran\u00e7ois Donatien Rochambeau, qui fit venir de Cuba des chiens pour chasser les esclaves en fuite. Ah, cher Hector Bianciotti la rencontre de l\u2019Am\u00e9rique et de l\u2019Europe ne fut pas toujours aussi civilis\u00e9e que le face-\u00e0-face de Val\u00e9ry et de Whitman imagin\u00e9 par Borges. Vous-m\u00eame, vous racontez, d\u2019une mani\u00e8re elliptique certes, la condition mis\u00e9rable de ces Indiens qu\u2019on finit par employer comme main-d\u2019\u0153uvre sur leurs propres terres. On n\u2019a qu\u2019\u00e0 constater cette violence si lourdement pr\u00e9sente dans la vie quotidienne des petits fermiers venus parfois du Pi\u00e9mont pour imaginer le sort r\u00e9serv\u00e9 aux premiers habitants de cette terre.<\/p>\n<p>J\u2019ignore si vous avez \u00e9t\u00e9 berc\u00e9, enfant, comme je le fus en Ha\u00efti par les guerres de lib\u00e9ration, et si Bolivar a compt\u00e9 pour vous comme il a compt\u00e9 pour moi. Si oui, sachez qu\u2019il s\u00e9journa trois mois en Ha\u00efti, du 24&nbsp;d\u00e9cembre 1815 au 31 mars 1816. \u00c9puis\u00e9 et d\u00e9fait, il chercha de l\u2019aide aupr\u00e8s du g\u00e9n\u00e9ral P\u00e9tion, alors pr\u00e9sident de la jeune r\u00e9publique ha\u00eftienne. Ha\u00efti \u00e9tait le seul pays d\u2019Am\u00e9rique \u00e0 comprendre une telle passion de libert\u00e9. Au terme de son s\u00e9jour P\u00e9tion lui fournit un bateau, des hommes et des armes. En \u00e9change il lui demanda de lib\u00e9rer les esclaves des pays conquis au nom d\u2019Ha\u00efti. Ces histoires ont nourri mon imaginaire, et chaque fois que je croise un Sud-Am\u00e9ricain, mon premier r\u00e9flexe est de savoir s\u2019il est au courant de cet \u00e9pisode. Vous n\u2019en avez souffl\u00e9 mot dans votre \u0153uvre, pr\u00e9f\u00e9rant l\u2019histoire familiale \u00e0 l\u2019histoire nationale \u2013 un point de vue que je partage avec vous. Peut-\u00eatre parce que la vie fut trop dure pour ces paysans pi\u00e9montais pour qu\u2019ils se sentent concern\u00e9s par un quelconque sentiment national. D\u2019ailleurs ces notions id\u00e9ologiques vous indiff\u00e8rent sauf s\u2019il s\u2019agit du populisme de Peron et de sa femme Eva dont vous avez tir\u00e9 des portraits d\u2019une f\u00e9rocit\u00e9 jubilatoire.<\/p>\n<p>Je me demande si Dumas a compt\u00e9 pour vous, et s\u2019il a illumin\u00e9 votre enfance comme il l\u2019a fait de la mienne. Si je parle de Dumas c\u2019est parce qu\u2019il a occup\u00e9 aussi ce fauteuil. M\u00eame si ce n\u2019\u00e9tait pas le Dumas des <em>Trois Mousquetaires<\/em> mais plut\u00f4t son fils, l\u2019auteur de <em>La Dame aux cam\u00e9lias<\/em>. De toute mani\u00e8re les Dumas ont de profondes racines en Ha\u00efti puisque c\u2019est une \u00ab&nbsp;n\u00e9gresse&nbsp;\u00bb, selon l\u2019appellation de l\u2019\u00e9poque, qui a donn\u00e9 naissance au g\u00e9n\u00e9ral Dumas, le grand-p\u00e8re de notre confr\u00e8re Alexandre Dumas fils. Je dois souligner que le nom Dumas ne vient pas du p\u00e8re, le marquis de La Pailleterie, mais de la m\u00e8re, une jeune esclave du nom de Marie Louise C\u00e9sette Dumas. Ces Dumas ont le sang vif de ces mousquetaires qui os\u00e8rent affronter notre fondateur le cardinal Richelieu. Enfant, j\u2019\u00e9tais du c\u00f4t\u00e9 de d\u2019Artagnan, aujourd\u2019hui je me range derri\u00e8re le Cardinal. Le temps nous joue de ces tours.<\/p>\n<p>J\u2019ajoute que Montesquieu, avec ses observations critiques et ironiques sur l\u2019esclavage, pourrait se retrouver facilement dans un manuel d\u2019histoire de l\u2019Am\u00e9rique, puisque l\u2019esclavage est \u00e0 la base de la prosp\u00e9rit\u00e9 de ce continent. Ce fauteuil est le si\u00e8ge de tant d\u2019aventures reli\u00e9es \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique que je ne serai pas \u00e9tonn\u00e9 qu\u2019il devienne un jour le&nbsp;fauteuil am\u00e9ricain de l\u2019Acad\u00e9mie.<\/p>\n<p>Ah, l\u2019enfance, elle revient sans cesse comme chez beaucoup d\u2019\u00e9crivains, mais dans votre m\u00e9moire elle prend une dimension \u00e9pique. Vos descriptions sont si terrifiantes qu\u2019elles me font regretter mon enfance lumineuse au pied d\u2019une grand-m\u00e8re sereine. Vous \u00e9grenez dans cette \u0153uvre troublante une litanie de malheurs&nbsp;: une terre aride, un p\u00e8re taciturne et violent et une m\u00e8re cherchant constamment un lieu o\u00f9 s\u2019abriter de la col\u00e8re de son mari. Elle n\u2019avait qu\u2019\u00e0 tomber enceinte car le p\u00e8re n\u2019\u00e9tait sensible qu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00e9e de l\u2019augmentation de la main-d\u2019\u0153uvre. Dans ce carnaval incessant d\u00e9filait le char all\u00e9gorique de la grand-m\u00e8re. \u00c0 ce regard voil\u00e9 on sent tout ce que cette femme a repr\u00e9sent\u00e9 pour vous&nbsp;: en premier lieu la r\u00e9sistance \u00e0 votre p\u00e8re, qui lui vaut une dignit\u00e9 de reine en exil. Cette grand-m\u00e8re, aussi innocente dans sa m\u00e9chancet\u00e9 qu\u2019un insecte nuisible, vous a sauv\u00e9 de l\u2019ennui tout en vous offrant votre plus beau personnage. Ses nombreuses courses dans la pampa parfois boueuse \u00e0 la recherche de fermes plus hospitali\u00e8res o\u00f9 ses autres fils pourraient l\u2019h\u00e9berger apr\u00e8s une dramatique rupture avec votre p\u00e8re. Je me demande si ce personnage plus grand que nature n\u2019\u00e9tait pas une affectueuse tentative de vous rapprocher de cette litt\u00e9rature sud-am\u00e9ricaine \u00e0 vos yeux trop color\u00e9e. Car votre grand-m\u00e8re pourrait se retrouver facilement dans les romans de Garcia Marquez. Vos autres personnages sont tenus, non par les images, mais par ce style classique qui fait de vous un \u00e9crivain fran\u00e7ais, et cela avant que vous ayez song\u00e9 \u00e0 \u00e9crire un roman en fran\u00e7ais. Il faut dire que diff\u00e9remment des autres pays sud-am\u00e9ricains, l\u2019Argentine s\u2019est toujours mise dans le sillage d\u2019une Europe sobre \u00e0 l\u2019imagination brid\u00e9e par l\u2019\u00e9rudition et l\u2019analyse. Ah&nbsp;! cette enfance, vous en avez tant parl\u00e9 en ajoutant chaque fois de nouveaux d\u00e9tails. Vous avez d\u00e9crit, sous diff\u00e9rents \u00e9clairages, chaque chambre, chaque meuble, chaque visage. Les exil\u00e9s font \u00e7a pour que vers la fin, au moment o\u00f9 tout s\u2019obscurcira, ils puissent retrouver le chemin du retour.<\/p>\n<p>Vous aviez tout de suite devin\u00e9, cher Hector Bianciotti, que ce monde brutal de la paysannerie structur\u00e9 par le travail et la violence n\u2019\u00e9tait pas le v\u00f4tre. Et vous n\u2019aviez de cesse de le quitter. En cela vous ressemblez \u00e0 tant de jeunes gens. La sc\u00e8ne du d\u00e9part, \u00e0 part qu\u2019elle soit \u00e9mouvante, ne nous apprend rien de nouveau \u00e0 propos des personnages. Ils sont autour d\u2019une table. La m\u00e8re, t\u00eate baiss\u00e9e, qui regarde le p\u00e8re. Le p\u00e8re, sortant un grand cahier o\u00f9 il a not\u00e9 tout ce que vous lui devez, vous fait jurer de payer vos dettes. Vous \u00eates l\u00e0, abasourdi par tant de mesquineries. Je sais qu\u2019on finit par ressembler \u00e0 celui qu\u2019on d\u00e9teste, surtout vers la fin. Vous prenez enfin la route, soulag\u00e9, sachant que vous n\u2019allez plus jamais revenir dans ce village perdu o\u00f9 vous avez v\u00e9cu une enfance si triste. Vous ne saviez pas encore qu\u2019on ne quitte pas son enfance. Et que le voyage ne prend son sens qu\u2019au retour. On vous sait avide de sensations, vous ayant vu, dans la pampa, embrasser la terre, les arbres comme les animaux. Et aussi un gar\u00e7on de ferme, Florencio. Votre m\u00e8re semblait d\u00e9sempar\u00e9e devant une telle fr\u00e9n\u00e9sie. Ces pages sur la naissance du d\u00e9sir me semblent les plus belles de votre \u0153uvre.<\/p>\n<p>Ces ann\u00e9es seront d\u00e9cisives, comme on dit, car vous d\u00e9couvrez en m\u00eame temps la litt\u00e9rature, les jeunes filles, les jeunes gar\u00e7ons, la mis\u00e8re, la libert\u00e9 et la politique. On trahit ses amis ou sa famille pour de l\u2019argent ou pour \u00e9viter la prison. Tous ces jeunes gens qui vous entourent \u00e0 Cordoba ou \u00e0 Buenos Aires trafiquent avec le pouvoir. Ils sont \u00e0 la fois anges et d\u00e9mons. L\u2019un d\u2019eux vous trahira puis vous sauvera en vous permettant de prendre le bateau pour l\u2019Europe. \u00c0 quel moment avez-vous compris que toutes ces histoires blessantes, tous ces \u00e9checs amoureux, toutes ces rebuffades, toutes ces humiliations \u00e9taient les ferments d\u2019une \u0153uvre \u00e0 venir&nbsp;? \u00c0 quel moment avez-vous senti que ces dures conditions dans lesquelles vous avez v\u00e9cu sont la source de cette \u00e9l\u00e9gance qui impressionne tant ces aristocrates crois\u00e9s sur votre chemin&nbsp;? \u00c0 cette aisance mill\u00e9naire des nantis vous avez oppos\u00e9 avec une gr\u00e2ce incomparable, selon tous les t\u00e9moignages, votre univers pauvre en biens mat\u00e9riels mais si riche en nuances. Gr\u00e2ce \u00e0 ce don particulier pour l\u2019\u00e9criture, on a l\u2019impression que les livres ont fleuri au bout de vos doigts\u2026 Votre sourire fan\u00e9 me dit que cela ne s\u2019est pas pass\u00e9 ainsi. Conqu\u00e9rir Paris n\u2019est chose facile pour personne si j\u2019en crois Balzac, encore moins pour un jeune Argentin venu du fond de la pampa.<\/p>\n<p>Dans <em>Ce que la nuit raconte au jour<\/em> vous confessez quelque chose qui m\u2019a profond\u00e9ment touch\u00e9 parce que je vous sentais nu \u00e0 ce moment-l\u00e0. Du bon usage de l\u2019\u00e9criture vous notez avec lucidit\u00e9 \u00ab la violence qui ne cesse de m\u2019habiter et que discipline en ce moment le maniement de la plume&nbsp;\u00bb. Cet homme affable que vous \u00eates \u00e9tait donc p\u00e9tri de violences. On aurait cru que vous teniez de votre m\u00e8re cette ma\u00eetrise des sentiments et cette coul\u00e9e du r\u00e9cit. C\u2019est vrai mais ce calme \u00e9tait en apparence car c\u2019est l\u2019amertume du p\u00e8re qui irriguait vos phrases. Vous ne brodez jamais quand il s\u2019agit de lui, vous y allez direct. C\u2019est son visage toujours crisp\u00e9 qui se profile au fond de l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>La propri\u00e9taire, qui semble au courant de vos habitudes, nous a apport\u00e9 du caf\u00e9 juste \u00e0 ce moment-l\u00e0. Vous l\u2019accueillez avec ce sourire derri\u00e8re lequel vous vous cachez si souvent. Elle remplit nos tasses et vous fait un clin d\u2019\u0153il comme pour vous rappeler qu\u2019elle attend toujours cet article \u00e9logieux qui fera revenir la client\u00e8le partie ailleurs. Je per\u00e7ois chez vous, avec un certain plaisir, un l\u00e9ger go\u00fbt du kitsch qui s\u2019est manifest\u00e9 d\u00e8s votre premier roman Les d\u00e9serts dor\u00e9s que le pourtant s\u00e9v\u00e8re Maurice Nadeau a voulu \u00e9diter. Votre litt\u00e9rature d\u00e9gageait d\u00e9j\u00e0 une forte s\u00e9duction fond\u00e9e sur ce m\u00e9lange in\u00e9gal de f\u00e9minit\u00e9 et de masculinit\u00e9. Je vous imagine, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, couch\u00e9 sur un divan dans une \u00e9troite chambre \u00e0 coller des \u00e9toiles \u00e0 vos \u00e9crivains favoris. Une passion en toutes lettres, que j\u2019ai lue parce que j\u2019ai voulu visiter votre biblioth\u00e8que personnelle, me confirme que vous \u00eates de ces rares \u00e9crivains qui pr\u00e9f\u00e8rent lire un bon livre plut\u00f4t qu\u2019en \u00e9crire un mauvais. Je persiste \u00e0 croire que la biblioth\u00e8que est le vrai pays d\u2019un \u00e9crivain. Le si\u00e8ge des premi\u00e8res \u00e9motions de celui qui regarde le monde par la fen\u00eatre. Je remarque que vous avez apport\u00e9 ici quelques-uns parmi vos livres favoris. J\u2019imagine qu\u2019on voyage l\u00e9ger quand on va si loin m\u00eame si cela prend l\u2019aspect d\u2019un petit h\u00f4tel de troisi\u00e8me ordre en plein c\u0153ur de Paris. Je ne suis pas dupe de tout ce th\u00e9\u00e2tre, comme de ne pas entendre le bruit des pas des clients qui montent l\u2019escalier vers les chambres, ou de voir passer cet homme qui ressemble trop \u00e0 Alberto Savinio pour ne pas l\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p>Soudain j\u2019ai envie de regarder ces livres en me rem\u00e9morant ce que vous dites de leurs auteurs. Sur Borges, vous avez racont\u00e9 avec une juv\u00e9nile gaiet\u00e9, je me souviens, cette balade dans Paris. Vous vous \u00eates arr\u00eat\u00e9s pour d\u00e9jeuner, et \u00e0 la fin du repas quand on a apport\u00e9 la corbeille de fruits, Borges a \u00e9cart\u00e9 les mangues pour choisir la grappe de raisins&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Je n\u2019aime pas les fruits modernes&nbsp;\u00bb, fait-il.&nbsp;Sur Adolfo Bioy Casares, un homme plein de fantaisie, vous avez \u00e9crit qu\u2019il \u00ab&nbsp;esp\u00e9rait r\u00e9ussir un jour un livre d\u2019un genre ind\u00e9fini, qui recueillerait des pens\u00e9es, des fragments qui seraient avant tout un livre amical. Un livre, ajoutiez-vous, que les voyageurs solitaires aimeraient en trouver au hasard de leurs voyages, dans une chambre d\u2019h\u00f4tel&nbsp;\u00bb. Voici Victoria Ocampo. Vous lui portez une affection particuli\u00e8re pour avoir fa\u00e7onn\u00e9 la litt\u00e9rature argentine contemporaine en r\u00e9unissant autour de la revue <em>Sur<\/em> des \u00e9crivains aux temp\u00e9raments si diff\u00e9rents et aux talents si chatoyants. Dans sa correspondance passionn\u00e9e avec Victoria Ocampo, Roger Caillois la d\u00e9voile ainsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous \u00eates une sauvage. Votre douceur m\u00eame est une douceur d\u2019animal sauvage.&nbsp;\u00bb Cet oxymoron vous va comme un gant, cher Hector Bianciotti. Vous ne vous laissez jamais d\u00e9sar\u00e7onner par votre interlocuteur comme vous ne cherchez pas non plus \u00e0 le mettre dans l\u2019embarras. Sabato vous confie qu\u2019il est en train d\u2019\u00e9crire un livre bref. \u00ab&nbsp;Un r\u00e9cit autobiographique&nbsp;?&nbsp;\u00bb lui demandez-vous. \u00ab&nbsp;Oh, vous r\u00e9pond-t-il, toute \u0153uvre est autobiographique&nbsp;; un arbre de Van Gogh est le portrait de son \u00e2me.&nbsp;\u00bb C\u2019est aussi mon avis car je vous sens autant dans vos romans que dans vos essais. Et bien s\u00fbr, au bout du rayon, votre cher Alberto Savinio avec qui vous n\u2019avez jamais cess\u00e9 de converser. \u00c0 propos de lui vous murmurez&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est sa voix m\u00eame qui nous retient, en plein de son in\u00e9puisable fantaisie, de son \u00e9rudition, de son humour, de cet art du paradoxe qu\u2019il manie comme nul autre, et de sa sagesse, sa vieille, son antique sagesse, la sagesse d\u2019un Grec arriv\u00e9 trop tard en ce monde&#8230;&nbsp;\u00bb Si j\u2019ai fait ces nombreuses citations c\u2019est surtout pour faire entendre votre musique si personnelle, et cette \u00e9rudition qui court sur la cr\u00eate des phrases \u2013 le tout soutenu par un feu int\u00e9rieur sans cesse nourri par des souvenirs douloureux.<\/p>\n<p>Comme vous \u00eates beau, Hector, je me suis demand\u00e9 quel \u00e9tait votre rapport avec votre visage. Je parle \u00e0 partir des portraits de vous vus dans les m\u00e9dias. Une seule fois j\u2019ai pu observer votre visage en mouvement. C\u2019\u00e9tait \u00e0 cette \u00e9mission d\u2019<em>Apostrophes<\/em> o\u00f9 vous \u00e9tiez en compagnie d\u2019Umberto Eco. Vous portiez un costume gris et une belle chemise bleue. Bien coiff\u00e9 (on sent que vous n\u2019avez pas souvent les cheveux en bataille), p\u00e9tillant, brillant, vous \u00e9tiez en verve ce soir-l\u00e0. Umberto Eco observe que l\u2019\u00e9criture, quel que soit le sujet, finit par nous servir de miroir. Et suivant notre rapport avec le miroir on est s\u00e9ducteur ou s\u00e9duit. Je vous imagine s\u00e9duit plut\u00f4t que cherchant \u00e0 s\u00e9duire. Vous me paraissez prompt \u00e0 aimer m\u00eame si la r\u00e9ciprocit\u00e9 n\u2019est pas assur\u00e9e. Vous avez, je l\u2019ai vu dans l\u2019\u00e9mission de t\u00e9l\u00e9vision, une fa\u00e7on de tendre votre visage vers votre interlocuteur comme pour lui dire que vous n\u2019avez que \u00e7a \u00e0 lui offrir. Vous aimez faire plaisir, et si vous \u00eates trop fauch\u00e9 pour acheter un bouquet de fleurs, c\u2019est votre \u00e9nergie ou votre \u00e2me que vous offrez.<\/p>\n<p>Vous avez la nostalgie de la maison de Dieu. Le Dieu de la m\u00e8re, car le p\u00e8re est un m\u00e9cr\u00e9ant. Vous avez trouv\u00e9 en la personne de l\u2019abb\u00e9 Beno\u00eet Lobet quelqu\u2019un avec qui d\u00e9battre de vos doutes, lui-m\u00eame en garde quelques-uns en r\u00e9serve. Pourtant sur cette question de la foi vous \u00eates d\u2019une terrifiante gravit\u00e9. On vous a cru m\u00eame int\u00e9griste, alors que vous \u00eates simplement int\u00e8gre. Si vous aimez les rituels c\u2019est parce qu\u2019ils permettent \u00e0 l\u2019\u00e9motion de traverser les si\u00e8cles sans perdre de sa force ni de sa fra\u00eecheur. Entre l\u2019amour de la m\u00e8re et la dure loi du p\u00e8re votre choix semblait \u00e9vident, mais un sourire furtif me dit que vous ne voyez plus les choses de mani\u00e8re aussi cat\u00e9gorique.<\/p>\n<p>Au c\u0153ur de votre esth\u00e9tique, cette id\u00e9e de la beaut\u00e9 qui remonte au temps de la ferme. Vous avez \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par cette photo d\u2019une dame habill\u00e9e de rouge dans le catalogue d\u2019une de vos tantes. Il y a toujours dans ces coins recul\u00e9s du monde o\u00f9 la vie n\u2019a de sens que par le travail, un \u00eatre qui se passionne pour l\u2019inutile. Cette tante ne semblait vivre que pour ces catalogues qu\u2019elle recevait par la poste. Durant les heures lourdes de l\u2019apr\u00e8s-midi, elle le feuilletait. Un jour, debout pr\u00e8s d\u2019elle, vous avez remarqu\u00e9 cette dame en rouge. Plus que la dame elle-m\u00eame c\u2019est l\u2019\u00e9motion qu\u2019elle a provoqu\u00e9e en vous qui a r\u00e9sist\u00e9 au temps.&nbsp;Vous \u00e9tiez pr\u00e9sent le jour o\u00f9 votre p\u00e8re s\u2019en est pris \u00e0 cet \u00e9trange mode de vie en d\u00e9chirant tous les catalogues avant de les jeter au feu. Vous avez vu, horrifi\u00e9 et incapable de bouger, les flammes atteindre la dame en rouge. Si la litt\u00e9rature ne peut pas sauver des flammes la beaut\u00e9, elle ne m\u00e9rite pas tous les sacrifices qu\u2019on fait pour elle. Cette situation dit bien l\u2019impuissance de l\u2019enfant face au pouvoir. Et depuis vous vous cabrez devant toute autorit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019autre \u00e9v\u00e8nement qui vous a touch\u00e9 au plus profond c\u2019est bien s\u00fbr la mort de votre s\u0153ur. Est-ce vrai&nbsp;? Toujours est-il que l\u2019\u00e9motion est l\u00e0, sous nos yeux. Vous s\u0153ur \u00e9tait couturi\u00e8re et votre \u00e9criture se rapproche de cet art. Vous brodez parfois jusqu\u2019\u00e0 atteindre le baroque, mais pas l\u00e0. Devant la mort vous devenez sobre et tout d\u2019un coup vous tremblez en d\u00e9couvrant la fragilit\u00e9 de cette triade qui soutenait l\u2019\u00e9difice familial&nbsp;: la m\u00e8re-courage, le p\u00e8re-tonnerre et la s\u0153ur-fantaisie. \u00d4tez la fantaisie et tout s\u2019\u00e9croule. Le paternel se vide de son sang comme de son sens.<\/p>\n<p>Plus tard, le p\u00e8re meurt. Et, comme pour moi, vous apprenez sa mort par t\u00e9l\u00e9phone. C\u2019est le sort des exil\u00e9s. Vous \u00e9crivez&nbsp;: \u00ab&nbsp;Lorsqu\u2019on m\u2019a annonc\u00e9 au t\u00e9l\u00e9phone la mort du p\u00e8re, j\u2019avais imagin\u00e9 un cimeti\u00e8re en d\u00e9sordre.&nbsp;\u00bb On pense \u00e0 tout ce chemin parcouru pour s\u2019\u00e9loigner du p\u00e8re, et voil\u00e0 qu\u2019il faut reprendre la route en sens inverse. Je n\u2019ai pas connu la haine du p\u00e8re, j\u2019ai v\u00e9cu son absence, et le choc que cela a fait \u00e0 ma m\u00e8re.<\/p>\n<p>Vous avez connu pourtant des p\u00e9riodes d\u2019extr\u00eame d\u00e9nuement durant vos d\u00e9buts \u00e0 Rome et \u00e0 Paris. Des situations si angoissantes financi\u00e8rement que vous auriez eu raison de vous laisser aller, mais ce go\u00fbt de l\u2019\u00e9l\u00e9gance vous a toujours gard\u00e9 parmi les vivants. Au retour d\u2019une conversation litt\u00e9raire dans un salon de Paris ou de Rome, o\u00f9 vous avez discut\u00e9 longuement de Val\u00e9ry ou de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, vous prenez la peine, avant de vous coucher, de laver l\u2019unique chemise que vous poss\u00e9diez pour la mettre \u00e0 s\u00e9cher dans la petite chambre o\u00f9 vous logiez. Votre enfance fut si rude qu\u2019elle vous a d\u00e9go\u00fbt\u00e9 du travail manuel.<\/p>\n<p>Cher Hector Bianciotti, cette rage si bien enfouie en vous mais dont les traces sont \u00e9videntes dans vos r\u00e9cits me fait penser au po\u00e8te ha\u00eftien Edmond Laforest. Il est n\u00e9 en 1876 et mort en 1915 \u00e0 J\u00e9r\u00e9mie, surnomm\u00e9e en Ha\u00efti la ville des po\u00e8tes. C\u2019est un pays o\u00f9 l\u2019on doit justifier sa vie en publiant au moins un recueil de po\u00e8mes. Laforest \u00e9tait \u00e0 J\u00e9r\u00e9mie quand les Am\u00e9ricains d\u00e9barqu\u00e8rent en juillet 1915. Pour protester contre une telle agression, il se noya dans sa piscine avec un dictionnaire Larousse au cou. Si Laforest est mort en dandy r\u00e9sistant, vous avez mis beaucoup de style dans votre vie et aussi dans votre \u00e9criture. Pour n\u2019importe qui d\u2019autre ce serait trop, mais chez vous on sent une sinc\u00e9rit\u00e9 si profonde qu\u2019elle finit par s\u00e9duire le lecteur, et tous ceux qui s\u2019approchent de vous. Une honn\u00eatet\u00e9 m\u00eame dans la plus artificielle attitude \u2013 vous me rappelez Cocteau par moment. Vous aimez l\u2019op\u00e9ra, vous aimez l\u2019Italie, vous parcourez les mus\u00e9es, mais vous n\u2019avez jamais oubli\u00e9 que derri\u00e8re la vieille ferme familiale on trouve ce petit cimeti\u00e8re que votre p\u00e8re qualifia un jour d\u2019\u00ab&nbsp;enclos de croix&nbsp;\u00bb. Cette m\u00e9taphore si brutale dans son sens comme dans sa forme ne vous a jamais quitt\u00e9.<\/p>\n<p>En arrivant \u00e0 cet h\u00f4tel j\u2019ai remarqu\u00e9 sur le comptoir de la r\u00e9ception deux de vos titres parmi les plus beaux&nbsp;: <em>L\u2019amour n\u2019est pas aim\u00e9<\/em> et <em>Le Pas si lent de l\u2019amour<\/em>. Les photographies de vedettes de<em>telenovela <\/em>\u00e9pingl\u00e9es un peu partout me font craindre que la propri\u00e9taire, cette femme \u00ab&nbsp;ob\u00e8se, inquisitoriale et blonde&nbsp;\u00bb selon une note griffonn\u00e9e au crayon dans un de vos carnets, s\u2019attende \u00e0 lire des romans d\u2019amour \u00e0 l\u2019eau de rose. C\u2019est le genre de quiproquo qui vous amuse. On m\u2019a parl\u00e9 ici et l\u00e0 de votre humour, de votre esprit espi\u00e8gle, ce qu\u2019on voit trop rarement dans votre \u0153uvre.&nbsp;Sur les photos&nbsp;: parfois guind\u00e9, toujours s\u00e9rieux, vous donnez l\u2019impression d\u2019un homme triste \u00e0 ceux qui ne vous connaissent pas ou qui ne vous ont pas connu au bon moment. Dans un article retentissant de Claude Roy o\u00f9 il vous qualifie d\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;\u00e9l\u00e9gant vagabond&nbsp;\u00bb, il remarque aussi chez vous une fiert\u00e9 si grande qu\u2019elle vous emp\u00eache de crier \u2013 je cite&nbsp;: \u00ab&nbsp;si vive est la douleur qui vous \u00e9treint&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Vous puisez votre \u00e9nergie \u00e0 deux sources&nbsp;diff\u00e9rentes&nbsp;: la fiert\u00e9 d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9e et l\u2019ambition de ma\u00eetriser le fran\u00e7ais mieux que quiconque. Vous h\u00e9sitez jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un jour votre <em>alter ego<\/em> Angelo Rinaldi vous convainque d\u2019\u00e9crire en fran\u00e7ais ce roman que vous portez en vous depuis si longtemps&nbsp;: <em>Sans la mis\u00e9ricorde du Christ.<\/em> Tous vos th\u00e8mes y sont \u00e0 nouveau pr\u00e9sents, m\u00eame si cette fois le narrateur ne regarde pas directement la cam\u00e9ra, se cachant derri\u00e8re une certaine Adela\u00efde Mar\u00e8se. Le parcours ne diff\u00e8re pas, sauf pour ce Strasbourg-Saint-Denis, la rue de Paris o\u00f9 vit Adela\u00efde Mar\u00e8se. L\u2019ambition est cette fois double&nbsp;: un roman en fran\u00e7ais et un grand roman. Il est paru en 1985, au moment o\u00f9 je publie <em>Comment faire l\u2019amour avec un n\u00e8gre sans se fatiguer<\/em>. Ces deux livres, du moins par leurs titres, ne sont visiblement pas destin\u00e9s au m\u00eame lectorat. Pourtant l\u2019Association des aveugles de Montr\u00e9al me demande de lire cette m\u00eame ann\u00e9e <em>Sans la mis\u00e9ricorde du Christ <\/em>pour son public. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois que je me lan\u00e7ais dans une pareille aventure. C\u2019\u00e9tait aussi la premi\u00e8re fois que mon nom effleurait le v\u00f4tre. Apr\u00e8s ce discours, nous ne nous quitterons plus.<\/p>\n<p>Vous revenez souvent, cher Hector Bianciotti, sur cette premi\u00e8re m\u00e9taphore entendue de la bouche de votre p\u00e8re. Je rappelle une nouvelle fois cette sc\u00e8ne qui a fond\u00e9 votre sensibilit\u00e9 et d\u2019une certaine mani\u00e8re votre spiritualit\u00e9. Vous \u00eates avec votre p\u00e8re dans le jardin quand il vous montre le petit cimeti\u00e8re qu\u2019il d\u00e9signe comme l\u2019\u00ab&nbsp;enclos de croix&nbsp;\u00bb tout en ajoutant que c\u2019est ici, dans cette vie, que tout se passe et qu\u2019il n\u2019y a plus rien d\u2019autre apr\u00e8s. L\u2019image est rude mais elle est aussi tr\u00e8s puissante puisqu\u2019elle vous a habit\u00e9 si longtemps. Ce n\u2019est pas loin du Villon de la <em>Ballade des pendus,<\/em> m\u00eame si bien loin de la<em> Pri\u00e8re \u00e0 Notre-Dame<\/em>.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;La pluie nous a d\u00e9bu\u00e9s et lav\u00e9s<br \/>\nEt le soleil dess\u00e9ch\u00e9s et noircis.<br \/>\nPies et corbeaux nous ont les yeux cav\u00e9s,<br \/>\nEt arrach\u00e9 la barbe et les sourcils.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Votre p\u00e8re aura \u00e9t\u00e9 aussi proche de Villon que vous l\u2019\u00eates de Val\u00e9ry.<\/p>\n<p>Je voudrais vous pr\u00e9senter un homme solide qui n\u2019a pas peur de la mort, mais pleure \u00e0 l\u2019amour. Sa langue est plus proche de votre p\u00e8re que de vous. C\u2019est une langue rugueuse qui fut autrefois celle des rois de France. Il s\u2019appelle Gaston Miron. Vous \u00eates les deux faces de la m\u00eame m\u00e9daille Am\u00e9rique. Vous \u00eates celui qui est parti, il est celui qui est rest\u00e9. Voici son po\u00e8me <em>Compagnon des Am\u00e9riques&nbsp;<\/em>:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Qu\u00e9bec ma terre am\u00e8re ma terre amande<br \/>\nMa patrie d\u2019haleine dans la touffe des vents<br \/>\nJ\u2019ai de toi la difficile et poignante pr\u00e9sence<br \/>\nAvec une large blessure d\u2019espace au front<br \/>\nDans une vivante agonie de roseaux au visage<br \/>\nJe parle avec les mots noueux de nos endurances<br \/>\nNous avons soif de toutes les eaux du monde<br \/>\nNous avons faim de toutes les terres du monde<br \/>\nDans la libert\u00e9 cri\u00e9e des d\u00e9bris d\u2019emb\u00e2cle<br \/>\nNos feux de position s\u2019allument vers le large<br \/>\nL\u2019a\u00efeule pri\u00e8re \u00e0 nos doigts d\u00e9faillante<br \/>\nLa pauvret\u00e9 luisant comme des fers \u00e0 nos chevilles.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>En \u00e9coutant le po\u00e8te je vois votre p\u00e8re, votre m\u00e8re sarclant cette terre aride et la cohorte des employ\u00e9s agricoles. D\u2019ailleurs il termine en les saluant&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Salut \u00e0 toi territoire de ma po\u00e9sie<br \/>\nSalut les hommes et les femmes<br \/>\nDes p\u00e8res et m\u00e8res de l\u2019aventure.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Vous les avez quitt\u00e9s pour pouvoir les saluer \u00e0 votre mani\u00e8re europ\u00e9enne. Dans la langue raffin\u00e9e de ceux qui les ont chass\u00e9s d\u2019Europe. Vous \u00eates devenu une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 en Argentine parce que vous \u00eates connu en France. Mais vous \u00eates triste, et c\u2019est avec ce sentiment que vous avez \u00e9crit vos plus belles pages. Celles de la mort de votre s\u0153ur ou de la s\u0153ur du narrateur, c\u2019est pareil, celles \u00e0 propos de la tendresse de votre m\u00e8re, celles surtout sur votre p\u00e8re si diff\u00e9rent de vous au d\u00e9but et si semblable \u00e0 vous \u00e0 la fin.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Nous avons chacun r\u00eav\u00e9 de ce retour pour finalement \u00e9crire un livre sur ce th\u00e8me. Le v\u00f4tre c\u2019est, en fait, toute votre \u0153uvre. Ren\u00e9 Depestre, qui vit \u00e0 L\u00e9zignan-Corbi\u00e8res depuis des ann\u00e9es, dit que sa table d\u2019\u00e9criture donne sur Jacmel, sa ville natale. \u00c9mile Ollivier, qui a pass\u00e9 une grande partie de sa vie \u00e0 Montr\u00e9al, affirme qu\u2019il est qu\u00e9b\u00e9cois le jour et ha\u00eftien la nuit. C\u2019est un \u00e9trange animal que celui qui vit hors de sa terre natale. Sa condition d\u2019exil\u00e9 lui permet d\u2019ourdir une litt\u00e9rature qui n\u2019est ni tout \u00e0 fait de l\u00e0-bas, ni tout \u00e0 fait d\u2019ici, et c\u2019est l\u00e0 tout son int\u00e9r\u00eat. Si vos th\u00e8mes sont argentins, votre style est fran\u00e7ais. L\u2019un des apports les plus significatifs de l\u2019exil dans la litt\u00e9rature, c\u2019est la notion du retour. D\u2019autant plus int\u00e9ressant qu\u2019il s\u2019av\u00e8re impossible dans la r\u00e9alit\u00e9. On ne retourne pas au point de d\u00e9part car le mouvement est incessant. Ces \u00e9crivains de l\u2019exil ont redonn\u00e9 un nouveau sens au mot voyage.<\/p>\n<p>Vous avez appris tant de choses durant cette vie si riche en aventures diverses, et sans chercher \u00e0 \u00e9viter les pi\u00e8ges car vous \u00eates intr\u00e9pide. Mais un sentiment inconnu vous attend au d\u00e9tour du chemin&nbsp;: la nostalgie du pays natal. On n\u2019aurait jamais cru que ce monde si brutal vous manquerait un jour. De nombreux \u00e9crivains sud-am\u00e9ricains vous avaient ouvert le chemin vers Paris. Vous avez suivi leurs traces, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un troupeau migrateur. Vous \u00e9tiez devenu le chroniqueur de leurs errances. Chaque fois que l\u2019un d\u2019eux publie un livre, vous le pr\u00e9sentez imm\u00e9diatement \u00e0 vos lecteurs. Certains sont devenus des amis, car \u00ab&nbsp;l\u2019amiti\u00e9 est une passion sud-am\u00e9ricaine&nbsp;\u00bb. Borges, bien s\u00fbr, mais aussi les s\u0153urs Ocampo, Macedonio Fernandez \u00e0 sa mort, les Uruguayens Felisberto Hernandez et Juan Carlos Onetti, la Br\u00e9silienne Clarice Lispector, l\u2019Argentin universel Alberto Manguel, le Mexicain Octavio Paz, Ernesto Sabato, l\u2019autre aveugle de Buenos Aires, le Cubain Severo Sarduy, et tous ceux, bien moins connus, que vous avez aid\u00e9s \u00e0 faire leurs premiers pas dans ce Paris qui exige pour y r\u00e9ussir l\u2019app\u00e9tit d\u2019un Rastignac. Ils n\u2019ont pas tous fait le voyage, mais ils l\u2019ont tous r\u00eav\u00e9.&nbsp;Pour ne pas sombrer dans la d\u00e9pression, s\u2019il \u00e9tait possible de l\u2019\u00e9viter, il faut autre chose que l\u2019ambition, peut-\u00eatre cette chaleur humaine qui s\u2019appelle l\u2019affection. Alors voici Leonor Fini et ses nombreux chats, et surtout Silvia Baron Supervielle.<\/p>\n<p>Pour moi ce fut d\u2019abord ce trio qui a inscrit la dignit\u00e9 n\u00e8gre au fronton de Paris&nbsp;: le Martiniquais Aim\u00e9 C\u00e9saire, le Guyanais L\u00e9on-Gontran Damas, et le S\u00e9n\u00e9galais L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor. Ce dernier a occup\u00e9 pendant dix-huit ans le fauteuil num\u00e9ro 16. C\u2019est lui qui nous permit de passer, sans heurt, de la n\u00e9gritude \u00e0 la francophonie. Chaque fois qu\u2019un \u00e9crivain, n\u00e9 ailleurs, entre sous cette Coupole, un simple effort d\u2019imagination pourra nous faire voir le cort\u00e8ge d\u2019ombres protectrices qui l\u2019accompagnent.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Il y a une nouvelle de Borges dans <em>Fictions,<\/em> \u00ab&nbsp;Funes ou la m\u00e9moire&nbsp;\u00bb, qui raconte l\u2019histoire d\u2019un jeune gar\u00e7on qui se rappelait tout ce qu\u2019il a vu, tout ce qu\u2019on lui a dit, tout ce qu\u2019il a lu. Cette m\u00e9moire qui ne sait pas faire le tri n\u2019est pas loin du cauchemar, un cauchemar que le trop plein comme le manque de sensations peut engendrer. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 en vous lisant par cette insistance \u00e0 \u00e9voquer la perte du langage. Comme si vous perceviez qu\u2019un destin tragique vous attendait au d\u00e9tour. Vous qui mettiez tant de passion dans la moindre discussion sur la litt\u00e9rature, voici que la parole se retire de vous. J\u2019ouvre spontan\u00e9ment un de vos livres pour tomber sur ce passage o\u00f9 vous parlez d\u2019un \u00e9crivain \u00ab&nbsp;qui ne parvient plus \u00e0 saisir la r\u00e9alit\u00e9 au moyen des mots&nbsp;\u00bb. Dans un portrait de Rainer Maria Rilke vous soulignez \u00ab&nbsp;cette fronti\u00e8re du langage o\u00f9 la parole est la demeure de l\u2019\u00eatre&nbsp;\u00bb. \u00c0 propos de Swift vous d\u00e9couvrez avec tristesse qu\u2019il finit dans un \u00e9tat de pitoyable h\u00e9b\u00e9tude, \u00ab&nbsp;se limitant \u00e0 bredouiller la m\u00eame phrase quand il arrivait \u00e0 parler&nbsp;\u00bb. Parlant d\u2019un personnage dans <em>Ce que la nuit raconte au jour <\/em>vous notez qu\u2019il s\u2019arr\u00eata&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;d\u00e9tournant la t\u00eate, cherchant plus loin sur la toile du fond de la nuit, quelque chose de perdu, de secret&nbsp;\u00bb. Pourtant ces mots enfuis furent tout pour vous, et vous le dites clairement&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;J\u2019ai jou\u00e9 avec les mots, je me suis racont\u00e9 des r\u00eaveries et des fictions, j\u2019ai form\u00e9 ma conscience.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>J\u2019entends le bruit des sandales de la concierge qui revient avec du caf\u00e9 chaud. Pr\u00e8s de la fen\u00eatre se tient un Val\u00e9ry pensif qui observe un oiseau en train de faire son nid. On m\u2019arr\u00eate parfois dans la rue pour \u00e9voquer ce moment o\u00f9 vous avez dit \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 que la phrase fran\u00e7aise la plus m\u00e9morable pour vous \u00e9tait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le fond de l\u2019air est frais.&nbsp;\u00bb Cette candeur a charm\u00e9 l\u2019assistance et le mot est rest\u00e9. Qui d\u2019autre qu\u2019un enfant de la pampa prendrait la peine de palper le fond de l\u2019air avec un accent si distinctif&nbsp;? La pampa&nbsp;? Le regard de Bianciotti s\u2019est allum\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9vocation de cette plaine infinie et d\u2019une vie rythm\u00e9e par les saisons.<\/p>\n<p>Vous avez tout perdu, sauf cette mani\u00e8re de vous tenir que la maladie n\u2019a pu alt\u00e9rer qu\u2019au dernier moment. Jusqu\u2019au c\u0153ur de cette douleur qu\u2019est la perte de la m\u00e9moire pour un \u00e9crivain comme vous si attach\u00e9 au mot juste et au go\u00fbt de bien dire, vous avez gard\u00e9 votre \u00e9l\u00e9gance. Quand les id\u00e9es se sont effac\u00e9es de votre m\u00e9moire, vous vous rappeliez les titres des livres et les noms des auteurs les plus aim\u00e9s. Vous souvenez-vous aujourd\u2019hui de ce jeune homme si indiff\u00e9rent \u00e0 la faim et au sommeil qu\u2019il passait ses nuits \u00e0 discuter de po\u00e8tes disparus&nbsp;? Puis le fran\u00e7ais tant aim\u00e9 vous a quitt\u00e9 pour l\u2019espagnol de votre enfance, la seule langue qui vous permet d\u2019exprimer le silence.<\/p>\n<p>Comme vous ne trouvez plus d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 parler, je lirai \u00e0 votre place ces mots qui disent votre \u00e9tat d\u2019esprit du moment&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tout est en ordre, maintenant les silhouettes et les drames sont devenus transparents ou infiniment r\u00e9duits et occupent, inoffensifs, la place qui leur revient dans l\u2019enchev\u00eatrement du temps.&nbsp;\u00bb Vous levez la t\u00eate pour me regarder longuement, puis vous reprenez le livre de Borges que vous lisiez \u00e0 mon arriv\u00e9e. La propri\u00e9taire en train de converser pr\u00e8s de la fen\u00eatre avec Val\u00e9ry ne se retourne pas sur mon passage. Son petit rire de f\u00e9e clochette m\u2019accompagne jusqu\u2019\u00e0 la porte. Je sors pour trouver Legba qui m\u2019attendait sur le trottoir d\u2019une rue anim\u00e9e. Un taxi m\u2019am\u00e8ne quai Conti afin que je vous fasse part de ma rencontre avec Hector Bianciotti.<\/p>\n<\/div>\n<p>Dany LAFERRI\u00c8RE<br \/>\nParis, France<br \/>\njeudi 28 mai 2015<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mesdames et Messieurs de l\u2019Acad\u00e9mie, Permettez que je vous relate mon unique rencontre avec Hector Bianciotti, celui auquel je succ\u00e8de au fauteuil num\u00e9ro 2 de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise. 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